← Retour aux joueurs
Illustration d'Luis Enrique

FICHE JOUEUR · SAISON 2024-2025

Luis Enrique

L'architecte qui a reconstruit Paris après Mbappé

Entraîneur · N°0

5 juillet 2023. Luis Enrique signe à Paris. Il a 53 ans, une Ligue des Champions gagnée à Barcelone avec Messi-Suárez-Neymar en 2015, une finale de Ligue des Nations avec l'Espagne, et une conviction qu'il répète à chaque conférence : le collectif passe avant le talent individuel. Deux ans plus tard, sans Mbappé, le sextuplé. Le pressing, les latéraux hybrides, le faux neuf : il avait ces idées en tête depuis juillet 2023. Le club a fini par les épouser.

La saison en chiffres

Sextuplé 2024-25
Ligue 1, Coupe de France, Trophée des Champions, C1, Super Coupe, Intercontinentale
Pressing UCL
75 récupérations dans le tiers offensif (2e derrière Bayern, 91)
Intensité (PPDA)
Plus haute intensité de pressing de l'ère QSI, toutes saisons confondues
Contrat
Prolongé jusqu'en 2027, annoncé le 7 février 2025 avant PSG-Monaco
Record C1
13 victoires en Ligue des Champions en une année civile (2025)
Record historique
2e entraîneur à gagner le triplé avec deux clubs différents (Barça 2015, PSG 2025)
Distinction 2025
Meilleur entraîneur FIFA The Best, Globe Soccer, IFFHS, Onze d'Or

La machine

Avant Paris, il y avait eu Barcelone. Le triple de 2014-15, avec Messi, Suárez et Neymar. Le coach qui avait gagné la Ligue des Champions en convainquant trois attaquants de génie de courir derrière le ballon. L'Espagne ensuite, entre 2018 et 2022. Une demi-finale à l'Euro 2020, un huitième au Mondial 2022, puis la Ligue des Nations gagnée en 2023. Et entre les deux postes, un sabbatique forcé par la pire chose qui puisse arriver à un père.

En août 2019, sa fille Xana est morte d'un ostéosarcome. Elle avait neuf ans. Luis Enrique a quitté son poste pendant six mois, est revenu, n'a plus jamais été le même coach en conférence de presse. Plus direct, moins patient avec les questions de surface, plus attentif aux relations humaines dans le vestiaire. Ceux qui l'ont côtoyé avant et après Xana décrivent deux registres émotionnels différents.

Le 5 juillet 2023, il signe à Paris. Le projet est clair dès le premier jour. Il veut une équipe qui presse haut et qui défend à onze. Il veut des latéraux capables de jouer en demi-espace, des milieux capables de défendre comme des relayeurs. Il veut, surtout, que le joueur le plus talentueux de l'effectif coure autant que le moins médiatique. C'est ce qu'il appellera plus tard, dans le documentaire Movistar, «une putain de machine d'équipe».

Mbappé, la conversation qui libère

2023-24, sa première saison parisienne. Mbappé est encore là. 44 buts toutes compétitions, meilleur total de sa carrière. Mais 12 tacles et interceptions sur l'ensemble de la saison. Luis Enrique défend avec dix joueurs. Le système se met en place sans tourner à plein régime. Demi-finale de C1, 0-1 puis 0-1 contre Dortmund. Éliminé par une équipe moins forte sur le papier, mais capable de sortir du pressing parisien.

Dans le documentaire, une séquence montre le coach face à Mbappé. Il cite Michael Jordan en exemple de leader qui entraîne ses coéquipiers dans le travail défensif. Il dit vouloir construire «une putain de machine d'équipe». Mbappé ne répond pas. Il acquiesce, et signe au Real Madrid quelques semaines plus tard.

Le départ de Mbappé à l'été 2024 lève la contrainte tactique qui pesait sur Luis Enrique. Le vide offensif sera comblé tôt ou tard ; ce qui change immédiatement, c'est que Paris peut enfin presser à onze. Dembélé peut descendre déclencher l'effort comme faux neuf, les latéraux peuvent monter sans laisser de couverture passive derrière eux, et le système qu'il dessinait depuis le premier jour se met à tourner à plein régime.

Au-delà du onze, c'est tout le club qui s'aligne. Le mercato cesse de courir après les stars vendables en maillot et recrute pour la machine collective. À l'été 2024, Désiré Doué arrive de Rennes et Willian Pacho de Francfort. En janvier 2025, Khvicha Kvaratskhelia signe en provenance de Naples : profil système, pas profil de poster. Pour la première fois depuis QSI, la philosophie de recrutement épouse celle du coach. Et sur le terrain, l'équipe joue avec la faim de ceux qui n'ont rien à perdre.

Moments clés

Six instants qui racontent comment Luis Enrique a construit en deux ans la machine que le PSG attendait depuis l'arrivée de QSI.

  1. Signature à Paris

    Luis Enrique signe en tant qu'entraîneur du PSG. Champion d'Europe avec Barcelone en 2015, finaliste de la Ligue des Nations avec l'Espagne en 2021.

  2. Dortmund, la demi-finale perdue

    Première saison, demi-finale de C1 contre Dortmund. 0-1, 0-1. Éliminé. Le système ne peut pas presser à plein avec Mbappé qui ne défend pas. La contrainte est identifiée.

  3. Manchester City, 4-2, le déclic

    Paris mené 0-2 revient à 4-2. Le pressing tourne à plein régime pour la première fois de la saison. Tout ce qui suit, les huitièmes à Anfield, la finale à Munich, part de ce soir-là.

  4. Prolongation annoncée

    Vendredi soir avant PSG-Monaco, Paris annonce la prolongation de Luis Enrique jusqu'en 2027, en même temps que Vitinha, Hakimi et Nuno Mendes. Le coach est la figure principale du club.

  5. Munich, 5-0, la C1

    Finale à Munich contre l'Inter. PSG s'impose 5-0, marge record. L'Équipe lui met 7 sur 10. Le sextuplé est en route.

  6. Ballon d'Or, quatre joueurs dans le top 10

    Cérémonie du Ballon d'Or. Dembélé gagne. Vitinha 3e, Hakimi 6e, Nuno Mendes 10e. Quatre joueurs de l'effectif que Luis Enrique a formés ou remodelés dans le top 10 mondial.

Le pressing, les chiffres

The Athletic publie en avril 2025 un graphique qui couvre sept années de PSG en Ligue des Champions. L'axe vertical : le PPDA, nombre moyen de passes adverses avant une action défensive parisienne. Plus le chiffre est bas, plus le pressing est intense. Sous Tuchel (2018-2021), le PPDA oscille entre 8 et 15. Sous Pochettino (2021-2022), il remonte à 15-20. Sous Galtier (2022-2023), la courbe est instable. Sous Luis Enrique, première saison (2023-24), la courbe descend vers 8-10 mais ne tient pas sur la durée. Sous Luis Enrique, deuxième saison (2024-25), la courbe se stabilise entre 6 et 8 sur toute la campagne. Plus haut pressing de l'ère QSI.

75 récupérations dans le tiers offensif adverse sur la saison de C1, deuxième de la compétition derrière le Bayern Munich (91). 97 tacles dans le tiers central. Cinq matches de C1 consécutifs où l'adversaire a fini sous les 80% de passes réussies, dont Aston Villa à 75% au quart aller. Contre Liverpool, huitième aller, Liverpool termine avec 29,6% de possession, leur plus bas pourcentage depuis 2021-22. Même Pep Guardiola n'avait pas réussi cela.

Le plan commence dès le coup d'envoi. C'est Vitinha qui frappe le ballon en touche, directement dans le camp adverse. Paris monte presser sur la remise en jeu. Cette routine, Luis Enrique l'a copiée à Lyon. À partir de la victoire 4-2 contre Manchester City le 22 janvier 2025, Paris marque l'ouverture en moins de 20 minutes dans neuf matches de C1 et de Coupe du monde des clubs.

Le positionnisme adaptatif

Les latéraux sont la signature visible. Hakimi, côté droit, ne joue plus comme un latéral classique. Il rentre en demi-espace quand Doué reste large. Il reste large quand l'ailier coupe. Il devient milieu intérieur quand la situation l'exige. Nuno Mendes, à gauche, en miroir. Les deux finissent dans le FIFPro World 11 2025. Hakimi 6e au Ballon d'Or. Nuno Mendes 10e. Aucun latéral pur n'avait intégré cette zone du classement mondial depuis longtemps.

Hakimi l'a résumé mieux que n'importe quelle analyse. «Luis Enrique a changé le regard du football mondial sur moi et sur Nuno grâce à son utilisation des latéraux. Il nous a montré une autre façon de jouer au football.» Arne Slot, entraîneur de Liverpool après le huitième : «Hakimi et Nuno Mendes sont une menace offensive incroyable. Si vous les pressez, ils jouent et ensuite ils sprintent. Ce n'est même pas du sprint, c'est un niveau au-dessus du sprint.»

Le 9 avril 2025, contre Aston Villa au quart aller, Luis Enrique montre qu'il adapte le plan match par match. Face à Marcus Rashford en profondeur, il descend Hakimi d'un cran pour surveiller Jacob Ramsey. Doué monte presser Lucas Digne. Nuno Mendes reste en couvreur. Paris sort un 5 contre 4 sur la ligne médiane et un 5 contre 6 plus bas. 3-1 pour Paris. Il avait fait exactement l'inverse contre Liverpool, en montant les latéraux très haut. Chaque match a son plan. C'est ce que la presse tactique anglaise appelle le «positionnisme adaptatif».

Munich, et ce que le coach ne dit pas

31 mai 2025, Allianz Arena. Luis Enrique aligne le triangle Vitinha-Fabián Ruiz-João Neves au milieu. Dembélé en faux neuf. Kvaratskhelia à gauche, Doué à droite. Les deux latéraux hybrides. Marquinhos et Pacho derrière. Donnarumma dans les buts. Le onze de départ est une composition de ses deux années de travail, pas un coup tactique.

Le match finit 5-0. Marge record pour une finale de Ligue des Champions. L'Équipe lui met 7 sur 10. La synthèse : «Dans sa logique de préparation, il avait aligné son équipe type. Son équipe a montré, au moins en première mi-temps, ses principes forts. Ses ajustements ont été efficaces. Son coaching de cours de match est cohérent.» Note de référence pour un coach qui a fait son boulot, sans flamboyance.

Avant le coup d'envoi, Arteta avait dit de Donnarumma qu'il avait été «le meilleur joueur du PSG sur les deux matches» de demi-finale. Après Munich, Luis Enrique ne reprend pas le compliment. Il descend sur la pelouse, enlace Marquinhos, puis chaque joueur un par un. Hakimi le filme avec un téléphone.

Puis les supporters déploient un tifo. Un tifo pour Xana. Sa fille Xana avait fêté la finale de Berlin de 2015 en portant un immense drapeau du FC Barcelone sur la pelouse. Avant Munich, Luis Enrique avait confié qu'il avait visualisé le moment de planter un drapeau du PSG à son tour. En zone mixte, il dira : «J'ai été très ému à la fin avec la banderole des supporters pour ma famille. Mais je pense toujours à ma fille. Cela compte beaucoup. Je n'ai pas besoin de gagner la Ligue des Champions pour me souvenir de ma fille.» Puis il parle de son équipe. «Mon objectif principal, c'est de faire l'histoire.» Il y est arrivé.

L'homme qui ne change pas

Été 2025. Paris remporte la Super Coupe d'Europe face à Tottenham, puis la Coupe Intercontinentale. En finale de la Coupe du monde des clubs, Chelsea s'impose 3-0 grâce à un Cole Palmer injouable. Seul revers de la séquence. Le sextuplé est acquis malgré tout. En septembre 2025, le Ballon d'Or va à Dembélé. Vitinha finit 3e, Hakimi 6e, Nuno Mendes 10e. Quatre joueurs formés ou remodelés par Luis Enrique dans le top 10 mondial.

Quatre des joueurs qu'il a le plus cités en conférence sur la saison n'ont pas été reconnus par le Ballon d'Or : Pacho (absent du top 30), Fabián Ruiz (24e), Neves (19e), Ramos (non nommé). Ce sont pourtant des joueurs essentiels dans le plan du coach, même quand ils restent invisibles dans le récit médiatique. Pour Luis Enrique, ces noms-là valent autant que les stars. C'est sa définition du collectif. Après la demi-finale contre Arsenal, il avait sorti une punchline de fin de conférence : «La ligue des fermiers, hein ? Nous sommes la ligue des fermiers. Mais c'est beau. On savoure les compliments sur notre équipe, notre mentalité, notre façon de jouer.»

En conférence, Luis Enrique a une ligne. Aucune information utile aux adversaires, jamais. Aucune comparaison entre ses joueurs devant un micro. Et une défense systématique du groupe, même celui qui n'a joué que dix minutes en C1. Ce qu'on a parfois lu comme des passes d'armes n'est pas de l'agacement contre la presse. C'est la même rigueur qu'il met dans la préparation : il prépare ses matches au détail près et il prépare ses conférences pareil. On reconnaît en lui un amoureux du football, capable de tenir dix minutes sur une analyse tactique pertinente et de couper court à une question de surface en deux phrases.

En février 2025, lors de la conférence où il a déclaré que Fabián Ruiz était un «milieu complet» qu'il aurait dû convoquer au Mondial 2022, il a ajouté autre chose. «Je ne me souviens plus de la dernière fois où on a fait une séance tactique sur le terrain. On joue tous les trois jours, c'est impossible. On le fait en vidéo. Dans les prochains mois, on pourra travailler sur le terrain.» Deux mois plus tard, Paris bat Arsenal en demi avec un plan de match si précis que The Athletic lui consacrera une analyse tactique de quatorze pages. Tout avait été préparé en salle vidéo.

Sources

Article rédigé par Lamine DIABY, supporter du PSG. Les analyses tactiques sont des commentaires éditoriaux personnels. Les faits cités sont recoupés avec les sources ci-dessus. Une erreur ? Écrivez à contact@psg-2025.com.